Dis, petite, tu as le regard si triste malgré tes sept ans. Est-il possible d’être triste à sept ans ? Bien sûr que oui mais on ne prend pas au sérieux. On ne t’a jamais prise au sérieux. Ton petit regard vide derrière tes lunettes cerclées jaunes et roses, personne ne s’en soucie. On t’as dit que ça passera et ça n’est toujours pas passé. Quand les autres criaient et jouaient pendant la récré, toi tu n’avais personne avec qui partager ton goûter. Déjà, tu savais, que tu n’étais pas comme les autres même si tu ne savais pas encore très bien pourquoi. Paraît que c’est le bel âge, celui de l’insouciance. Mais toi tu t’inquiétais déjà du nombre de bonbons que tu devais manger.
Tu grandis, enfin tu te pose pas la question. T’apprend des choses, paraît que c’est ça grandir. Mais en te faisant refuser pour le spectacle de fin d’année du cours préparatoire, tu comprends vite que rien ne change. Tu oublies, ça tu sais faire. T’es gentille, tu fais ce qu’on te dit de faire. Tu suis les règles comme un modèle bien démoulé par tes parents. Et tu dis oui pour ne pas risquer de perdre tout ce qu’il te reste. Et puis tu vois leurs vies qui filent et les sourires qu’ils enfilent. Tu réalise que c’est plus sympa d’être seule au milieu de plein de gens que d’être seule toute seule. Alors tu te fonds, tu d’adapte, tu rentre dans un autre moule, sans même t’en apercevoir.
Dis petite, prend lui la main à cette fille devant toi. Elle va mal et tu le vois. Au fond ses problèmes n’ont pas changé par rapport aux tiens. Les mots sont différents mais les maux restent-les même. C’est aussi la solitude qu’elle fuit et qui la rattrape toujours. Elle essaye de vivre mais le passé se traîne comme une ombre qui ralentit ses pas. Elle a raté beaucoup de trains qu’elle craint de ne jamais voir repasser.
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